Le séparatisme catalan : Morcellement de l’Union ou République identitaire ?

spain-politics-catalonia-copy
Le 27 octobre 2017

L’histoire n’est qu’un éternel recommencement. Des temps jadis aux temps présents, des hommes se sentent investis d’une mission politique de reconquête, d’indépendance, de liberté. La nécessaire souveraineté de l’Etat contre les idéaux politiques de la Nation, ou l’inverse.

Aujourd’hui, la Catalogne brille de mille confusions. Carles Puigdemont, Président de la Generalitat de Catalunya, a refusé de s’exprimer devant le Sénat, puisque l’Etat espagnol, par la voix de son Premier Ministre, a suspendu l’autonomie constitutionnelle catalane et a mis la région sous tutelle.

La Catalogne est un territoire « riche », contrairement aux régions « pauvres » de l’Espagne. L’Andalousie est depuis toujours sujet de discorde : réputés feignants et faibles contributeurs de l’économie, ils sont sujets du courroux catalan de spoliation des richesses du Nord par le Sud, via le centralisme fiscal de Madrid. La raison induite de cette soudaine division n’est pas autre chose qu’un partage de richesses et une volonté de garder le Trésor « national », faite de Tarragone l’Antique et de Barcelone opulente.

La Catalogne remplit les poches espagnoles à hauteur de 19% du Trésor Public. En cas de défaut, on imagine déjà la catastrophe sans précédent que cela pourrait faire dans la vieille Espagne, au bord de la rupture sociale et pleine de jeunes chômeurs. Autant dire un pari impossible à tenir, si tenté que les mots « solidarité » et « Etat Central » s’entendent chez les nationalistes catalans. Sans nul doute, une erreur stratégique et politique surviendra : déjà, parce que la Catalogne n’a pas les moyens de s’alimenter et de se défendre seule, ni de produire complètement les sources de son besoin. Ensuite, parce que dans le contexte européen si perturbé par des revendications diverses et des attentats récurrents, faire cavalier seul devient un chemin de croix.

N’ayant mobilisé que 43% des inscrits, la légitimité d’un tel scrutin peut clairement être remis en cause, alors que la Generalitat avance un chiffre de 90% de oui des votants. On devrait dire 43% des intéressés, tellement la faiblesse du nombre rend dérisoire le référendum ainsi souscrit.

D’une manière plus analytique, la catastrophe annoncée, si elle se produit, est inéluctable. L’indépendance, guidée par des intérêts culturels d’apparence et financiers d’existence, ne peut accoucher que d’une souris surengraissée, dans une mondialisation croissante et une Union Européenne déliquescente. D’autant que la France détient en son sein une partie du territoire catalan, intégralement fondu et reconnu dans le giron de la Nation. La prochaine étape serait-elle de réunir la Catalogne, pour en faire l’Etat souverain occitan d’il y a quelques siècles ? Si le sentiment anti-catalan né de Franco peut légitimement nourrir un antagonisme avec le Pouvoir Central, la Catalogne n’a pas les moyens de faire face à la souveraineté réclamée par ses politiques. L’Espagne est une vieille monarchie, la Catalogne se veut une « République ». Au fond, le problème n’est-il pas seulement une volonté débonnaire de repenser le système, à la lumière des fardeaux du passé ? Tout cela manque de modernité, au contraire du présent audacieux et du vivre-ensemble à construire.

Les défis qui occupent la Nation espagnole concernent l’ensemble de l’Europe. Se scinder pour mieux s’exprimer, revenir aux cantons suisses de Rousseau, à la démocratie directe, est une volonté toujours prégnante quand on cherche à redéfinir son identité. Cependant, à trop tirer sur une corde, elle casse. Scinder l’Espagne, c’est faire renaître les archi-duchés dans une Europe qui se veut fédérale, autrement dit, c’est construire des manoirs moyenâgeux dans des territoires ultra-modernes.

Le problème n’incombe pas qu’à la Catalogne. Jean-Pierre Petit a dit au Monde, le 10 octobre : « Cette crise révèle une fois de plus la naïveté du projet d’Union monétaire, politiquement présenté comme devant favoriser automatiquement la convergence économique. Pourtant, dès 1993, l’économiste américain Paul Krugman (Prix Nobel 2008) affirmait avec justesse que la constitution d’une Union monétaire était au contraire susceptible d’accentuer la tendance des régions à se spécialiser en fonction de leurs avantages comparatifs existants. C’est ce que l’on appelle les effets d’agglomération. Malgré des décennies de versement de fonds structurels, les inégalités régionales restent l’un des plus grands défis que doit affronter l’Union monétaire européenne. »

Au fond des choses, tout est limpide : détruire la souveraineté des Etats pour les aliéner dans une Union Européenne technocratique favorise les revendications régionalo-identitaires.

A bon entendeur…

Autres articles à la une

25 septembre 2017 cafe-sept-2017

Bienvenue au prochain Café Fils de France

Venez nombreux rencontrer Camel Bechikh, porte-parole de Fils de France et Charles Coussement, figure du scoutisme et Commissaire général des …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *