Républicains, encore un effort si vous voulez être français !

Buste de marianne moderne sur fond drapeau frane
Le 9 novembre 2015

On entend partout, et cela devient un itératif obligé, la conformité de l’opinion aux “valeurs républicaines”, à la “République”, comme si celle-ci valait visa de toute la dialectique française. Dès qu’une chronique, une bande dessinée ou n’importe quelle parole publique ose dépasser le seuil de tolérance autorisé par certaines associations  ou par l’inertie institutionnelle, celui-ci ou celle-ci est immédiatement taxé(e) d’anti-républicain et banni(e) de la sphère médiatique, comme un danger potentiel ou haineux. Le plus invraisemblable dans tout cela, c’est qu’en raison de “l’arc républicain”, l’on a construit un cercle de pensée dédié qui n’accepte ni remise en question épistémologique, ni recherche historique ou contre-vérité scientifique. De là à penser que l’on instaure progressivement un Etat autoritaire proscrivant l’analyse sérieuse et la pensée dissidente, il n’y a qu’un pas. Aristote disait que le travail du philosophe consiste à douter de tout. Ces quelques lignes tendent seulement à éprouver ce que le génie humain a construit de plus solide dans le monde des idées.

Le “Républicanisme”, issu sans doute d’une facilité intellectuelle consistant à réunir une somme de valeurs orthodoxes à l’idéologie de cour est un dérivé de langage bien peu adapté à un Etat historiquement monarchiste, que le catholicisme d’Etat aurait réduit à peau de chagrin en quelques latinismes bien sentis. Or, il s’avère que la France, joyau hors norme confondant la Mer et la Montagne, allant de Jean Bodin (penseur du 15ème siècle, établissant l’absolutisme royal), à Léon Blum (créant le socialisme d’Etat en renforçant les droits sociaux), apparaît aujourd’hui prisonnière d’une forme d’intelligence incestueuse visant la protection des intérêts d’un petit nombre, interdisant un débat d’idées serein et ouvert, dont le caractère contradictoire rétablirait sans doute la confiance des citoyens envers leurs hommes politiques (au moment même où la crise de la représentation semble inquiéter ces derniers au plus haut point).

La France a connu pas moins de 64 rois et 3 empires qui ont jalonné son histoire en lui donnant ses plus belles lettres de noblesse (Louis XIV et le Château de Versailles, la Marquise de Pompadour, Agnès Soral, Louis XVIII, Saint-Louis, sans oublier l’épopée napoléonienne…) qui n’ont pas seulement oeuvré pour le développement de l’Etat, mais pour sa gloire et son rayonnement mondial. La création républicaine des Lumières, dont l’on sait aujourd’hui qu’elle est remise en cause par des études historiques diverses ne peut se borner à recenser l’état d’esprit et l’indépendance multiséculaire que la France est en droit de revendiquer. Cette France catholique, dont beaucoup de villages français témoignent encore, n’est pas encore éteinte. En tout cas, cette France traditionnelle mérite que l’on se batte pour ses idées, non pas comme un Malraux, mais plutôt un authentique patriote, capable de la souplesse intellectuelle nécessaire à la formation d’un éclectisme de la pensée. N’est-ce pas ainsi que l’on définit des esprits sains ? Or l’on note en ces temps dispersés que plusieurs sujets sont exactement accusatoires, en ce que les Procureurs médiatiques choisissent l’ostracisme et la stigmatisation pour les moissonneurs du champ “républicain”, comme si brusquement, les citoyens n’étaient plus capables de s’indigner de l’inacceptable, ou de congratuler le brillant.

Que l’on ne se méprenne pas : c’est le consacré qui constitue le dérangeant. Dès lors, alors que le vivant n’a jamais eu autant besoin de la pluralité et de la diversité, alors que c’est exactement ce qui fonde nos social-démocraties, conscrire le périmètre de la pensée représente une menace à l’attention de tous. Prononcer le terme de “républicain” pour qualifier une pensée conforme – conformiste ? – n’est pas seulement une banalité de langage, c’est aussi une contre-vérité historique, un effet de novlangue.

De nos jours, la presse mourante et les réseaux sociaux font la pluie et le beau temps de notre espace commun. L’instauration de cette meute comminatoire et agressive fait place à tous les débordements. Nous ne sommes pas sûrs qu’il soit bien opportun de jeter l’opprobre sur toute une série de penseurs, d’intellectuels et d’essayistes dont le caractère subversif est aisément discutable dans une démocratie sainement établie. Le débat sur le débat, organisé par Marianne il y a quelques jours, a accouché d’une souris malformée. La discussion indispensable qui doit s’opérer entre les différentes générations, les différentes opinions ou les différentes strates de la société ne peut s’effectuer que sur un terrain dénué de toute considération intéressée ou de toute revendication réparatoire, puisque la France n’a pas vocation à reconstruire son histoire autour d’un passif compassionnel. Penser la France comme une entité catholique et indivisible est un excellent moyen, outre de revisiter avec délice le roman national, de revoir ce que nous avons produit de meilleur, tout au long de nos 15 siècles d’existence.

Républicain certes, mais français avant tout.