Le Liban, fille aînée de la France ?

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Le 30 mars 2017

Durant ce mois de mars, Camel Bechick, Président de Fils de France, était au Liban, invité par diverses autorités religieuses, chrétiennes comme musulmane. Récit.

Par Camel Bechick

Passage obligé pour nos deux futurs finalistes à la présidentielle, le Liban parait constituer le modèle réduit d’un des grands enjeux hexagonaux à venir, enjeux irrigant autant les discours médiatiques que politiques, depuis près de trente ans, soit la gestion multiconfessionnelle sous un même drapeau.

On voudrait bien croire, ou faire croire, qu’il eut existé un modèle réduit dont l’observation des échecs et réussites, à travers l’histoire, nous indiquant une solution magique à l’imbroglio posé par la cohabitation religieuse en France ; on voudrait le croire…

Mais comparaison n’est pas raison et le pays du Cèdre possédant sur son sol une multitude de confessions coexistant depuis près de quatorze siècles, n’est pas plus, pour peu que l’on pose dessus un regard rationnel, le modèle de nos problèmes de nos solutions futurs.

Le Liban connait une diversité religieuse depuis la fin de l’Antiquité. La France, de racines païennes, a connu une unité religieuse stable, due à son tronc catholique. La minorité juive arrivée avec la conquête romaine et la diffusion du protestantisme dès le XVIe siècle ont aussi fait de la France un espace multiconfessionnel. Contre toute attente, c’est de la sécularisation que va surgir une nouvelle forme de religiosité.

Avec ses Lumières, vocable ô combien religieux, la laïcité, construite dans l’anticléricalisme va peu à peu muter en forme de croyance, en religion séculière, pour paraphraser l’anthropologue Albert Piette. Dès lors, l’ordre religieux traditionnel est rigoureusement concurrencé, affaibli et deviendra presque spectateur des évolutions sociétales guidées par les cardinaux, évêques d’un genre nouveau que sont les “intellectuels”, les “artistes”, relayés par l’extrême majorité du champ politique.

Au Liban, rien de tout cela, car même si la Suisse du Proche-Orient connait des mœurs plus lâches que son voisin syrien ou jordanien les structures sociales sont encore liées à la tradition familiale, elle-même largement dépendante de sa communauté religieuse d’appartenance.

Ainsi lorsque l’on veut comparer les questions actuelles que vit notre pays, historiquement Fille ainée de l’Église, puis point culminant de la laïcité occidentale, ayant, durant la période coloniale, connu les facettes multiples du “vécu” musulman en Afrique subsaharienne, au Maghreb et au Proche-Orient, l’honnêteté intellectuelle n’est pas toujours la bienvenue. Ainsi, les raccourcis honteux par lesquels certains voudraient transposer cette “guerre civile avenir” dont on parle tant dans notre pays, et la guerre civile libanaise, a de quoi laisser interrogatif sur la santé mentale et la probité morale de ceux qui propagent de telles théories, autant que sur la crédulité des publics concernés.

Par ailleurs, les différents responsables religieux interrogés à Beyrouth, de même que l’ensemble de la population libanaise, sont aujourd’hui d’accord sur le fait que cette guerre fut tout, hormis religieuse. La religion ne fut que support utile pour les différentes nations s’affrontant sur le territoire libanais.

Il est inquiétant de constater combien les prophètes de malheur craignant ou appelant de leurs vœux une future guerre civile en France, produisent à défaut d’un conflit armé, des tensions engendrant des défiances, lesquelles débouchent immanquablement sur cette surenchère propre à exacerber les tensions…