Lettre ouverte à Alain Minc

Alain-Minc-salaire
Le 19 décembre 2015

Par le biais de ces quelques lignes, Fils de France souhaiterait vous apporter une réponse sur le caractère « réactionnaire » dont vous qualifiez notre vision de choses. Vous avez utilisé ce terme dans l’émission « Les Grandes Questions » où vous apostrophiez Camel Bechikh en lui disant que ses propos seraient ostensiblement « à droite de Marine le Pen », ce qui montrerait que notre propos serait sinon dérisoire, au moins dénué de sens commun, puisqu’il ne serait même plus « extrême », mais extrémiste.

Cher Alain Minc, nous comprenons vos doutes et vos craintes quant à une jeunesse de plus en plus politisée et de plus en plus émancipée des carcans classiques issus de la droite libérale et de la gauche sociale. Cependant, vous reconnaissez vous-même que nous avons un problème « d’intégration sociale » : d’après vous, comment cela peut-il convenablement évoluer dans les années qui viennent ? Puisque les chiffres de Fils de France sont faux, étudions de près les chiffres réels, émanant de FRONTEX, l’Agence européenne de surveillance des Frontières : en 2014, près de 274 000 étrangers « détectés » sont illégalement entrés en France en moins d’un an. Nous vous laissons le soin d’imaginer ce que ces chiffres peuvent être si l’on inclut la masse non détectée…

En vérité, Monsieur Minc, vous n’avez pas la solution pour réparer la machine d’assimilation républicaine, et l’honnêteté nous oblige à dire qu’à Fils de France, nous ne l’avons pas davantage. Mais notre constat que beaucoup partagent est que sa cassure est le fruit d’un débordement sans mesure du cadre orthodoxe qui devait rester le sien. Nous subissons donc, collectivement, une sorte d’ostracisation et de méfiance de la part de la population française, alors que vous n’hésitez pas à déclarer que le fait qu’elle soit mécontente vous est « parfaitement égal ». Ce propos ne vous concerne peut-être pas, tant il est vrai que vous n’avez pas directement exercé de responsabilité politique. Mais nous nous étonnons, dans un premier temps, de vous entendre citer le Général de Gaulle sur l’Europe qui serait « le levier d’Archimède de la France », et vous étonner du caractère patriotique et non nationaliste des français d’aujourd’hui, (que ce même Général aurait approuvé jusque dans la maxime, sans nul doute) lui qui n’était pas seulement souverainiste, mais qui a oeuvré pour la grandeur de l’Etat en veillant farouchement à ses intérêts (ce sur quoi nous nous rejoignons forcément).

Dans un second temps, alors que les chiffres précités montrent bien qu’une explosion sociale est en marche, avec une paupérisation croissante des classes moyennes et un dumping social organisé qui favorise l’entrée illégale des étrangers (saviez-vous que dans les pays en guerre du Moyen-Orient, on édicte des guides de survie de la Croix-Rouge dans lesquels on incite les jeunes hommes à quitter leurs pays en leur indiquant les horaires des bateaux ?), vous ne pourrez plus contester l’idée que le déséquilibre immigrationniste favorise la fracture sociale. Quand bien même « l’immigration massive serait à mille lieux de ce qu’il se passe dans d’autres pays », nous nous sentons concernés par le destin des nôtres (et vous noterez que dans les nôtres, il y a français musulmans, musulmans de France et français tout court) et la déliquescence progressive du vivre-ensemble est engendrée, d’abord et avant tout, par une immigration de masse qui interdit aux français « récents » de se sentir pleinement français. D’autant que dans certains quartiers « sensibles », tout est organisé et planifié pour que le parcours assimilationniste soit un parcours du combattant, alors que les écoles accueillent une population pauvre, que les services sociaux sont débordés, et qu’ainsi, on ne favorise pas le rassemblement d’une France unie sous ses couleurs, mais la promotion progressive d’une population déculturée. D’où bien sûr, vous le comprendrez aisément, l’émergence exponentielle d’un terrorisme sectaire sous la bannière de l’islam…

Bien entendu, vous nous rétorquerez sans doute (et vous auriez raison) que les progrès sociaux ont permis l’émergence du droit des femmes, de la parité professionnelle, de l’autonomie personnelle, de la protection des plus fragiles. Mais cela n’est pas la question : nous nous interrogeons sur les causes d’un divorce prononcé entre plusieurs parts de la société, d’un côté les défenseurs acharnés d’une laïcité en perte de vitesse, de l’autre les partisans de la nécessité de prolonger notre histoire commune d’une manière dialogique en évitant la rupture patentée entre les français de souche et les français de fraîche date. Il ne nous semble pas, alors que nous vivons au quotidien cette réalité, que le fait de dénoncer une partie du laxisme français sur la question migratoire soit tellement problématique, alors qu’il est évident qu’en accueillant une trop grande part de la misère du monde, nous en terminerions avec l’identité française en raison d’une acculturation impossible des nouveaux français, et que nous avons déjà des quartiers communautarisés que même les intéressés souhaitent quitter.

Nous tenons à vous dire, Monsieur Minc, que notre démarche ne s’inscrit pas dans un chapitre de Barrès, de Maurras ou de Céline. Mais nous sommes, comme vous, des défenseurs ardents de la France, et les revendications réparatoires ou les passifs compassionnels, tout autant que l’augmentation incontrôlée de l’immigration illégale nous inquiètent sur le devenir de la Nation. Nous comprenons votre « irréductible optimisme », mais vous nous permettrez de douter fortement de notre côté, alors que nous avons l’impression d’une destruction progressive de nos valeurs républicaines, émises tout autant par l’Europe que vous défendez que par des réformes sociales illégitimes qui font naître des conflits rédhibitoires au sein de la communauté nationale.

De la même manière, notre démarche s’inscrit dans une réconciliation du peuple français entre toutes les strates de la société. Nous souhaitons bien entendu que vous nous rejoigniez, une fois que vous aurez fait ce travail de recherche et d’authenticité, si toutefois l’Enarque que vous êtes a le courage de le faire. Nous ne prétendons pas à la France absolue, mais bien à la France éternelle, et il ne nous semble pas que les politiques publiques soient à la hauteur des enjeux colossaux qui sont les nôtres en ce début de siècle.

Le moment patriotique que vous avancez nous semble plus être un cri de désespoir qu’une mesure de réconciliation. Vous citez avec a propos les attentats de Madrid qui paraissent, sous bien des aspects, du même acabit que ceux de Paris, malgré leur caractère « moins important ». Le défi qui doit nous rassembler aujourd’hui est un défi de tous les instants, qui ne peut passer que par un retour à l’attachement de la France, à ses clochers et à ses paysages sublimes qui constitue son idiosyncrasie. Il ne vous aura pas échappé que l’extrême-droite que vous dénoncez augmente elle aussi dans les sondages. Il nous appartient de rassembler la France non seulement dans la vérité profonde de ses erreurs stratégiques, mais également de promouvoir des solutions idoines et acceptables, qui conjureront les promesses négatives pour les métamorphoser en espoirs d’antan. De ces espoirs naîtront les nôtres.

Fils de France, 18 décembre 2015