Le parti de la tolérance, entretien avec Thibault Isabel

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Le 7 décembre 2015

Cher Thibault Isabel, merci d’accorder cet entretien à Fils de France. Pour les lecteurs qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis rédacteur en chef de la revue Krisis, qui connaît ces derniers mois un développement considérable, en devenant trimestrielle. Autour d’Alain de Benoist, l’équipe de rédaction s’est largement étoffée et a professionnalisé ses infra­struc­tures logistiques, avec la création d’un tout nouveau site (krisisdiffusion.com). C’est pour moi un défi majeur à relever, car nous traversons un moment charnière de l’histoire culturelle hexagonale. Les vieux clivages disparaissent ; de nouveaux sont en train de les remplacer. Il faudra saisir la balle au bond pour tenter de promouvoir une « renaissance culturelle » dont nous avons plus que jamais besoin.

Votre dernier ouvrage paru s’intitule Le parti de la tolérance (2014, La Méduse) et est sous-titré « Critique du monologisme contemporain ». Qu’entendez-vous par le terme de « monologisme contemporain » ?

Nous vivons à l’ère de la pensée unique. Ou même plus exactement « des » pensées uniques, car il y en a plusieurs. Mais chacune veut être hégémonique et écraser toutes les autres. On oublie au passage que la culture la plus haute se nourrit d’échange, de dialogue et de contradiction ! Un homme enrichit toujours sa propre pensée lorsqu’il se confronte sérieusement aux arguments de ses adversaires. Mais l’heure est plutôt aux polémiques stériles, aux amalgames simplistes et aux règlements de compte en cent-quarante signes sur Twitter. Cette fièvre frénétique concerne la gauche autant que la droite. Nous sommes entrés dans une ère d’effondrement de la pensée, sous l’effet des médias de masse et des nouvelles technologies.

Au-delà de la tendance libérale (qui se nourrit de la tolérance) et de l’uniformisation (qui se nourrit de l’intolérance), vous vous situez dans une voie de juste milieu. Quel serait à vos yeux le chemin d’une « harmonie réconciliante » ?

Nous sommes aujourd’hui confrontés à deux écueils contraires. D’un côté, les libéraux veulent nous imposer un mode de vie individualiste : toute référence au lien social, à l’identité communautaire, se trouve alors disqualifiée comme réactionnaire. Mais, de l’autre, nous assistons aussi à une véritable croisade contre la singularité et la différence : face au chaos social grandissant, les populations plébiscitent une sorte de « chape de plomb » autoritaire qui risque d’enrégimenter les mœurs. Les uns veulent donc nous arracher au groupe ; tandis que les autres veulent faire en sorte que le groupe décide de tout à notre place. Mais l’excès d’ordre est aussi nuisible que l’excès de chaos.