Entretien avec Alban Gérard, patron des Gavroches

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Le 3 novembre 2015

Les Gavroches, mouvement issu de la Manif pour tous et, surtout, des Veilleurs ? On se trompe ? Comment est né ce militantisme d’un genre nouveau ?

La Manif pour tous a été le point de départ d’une mobilisation pour beaucoup d’entre nous. Nous avions à cœur de déchirer le voile de la bien-pensance et de nous battre pour nos convictions. Notre mouvement est né de la volonté de poursuivre ce combat. Notre identité s’est construite autour d’idées communes.

Tout d’abord le fait qu’il fallait poursuivre le combat dans la rue. Pendant un an, la rue avait été notre lieu d’expression. Nous ne voulions pas l’abandonner. C’est un lieu âpre et difficile pour partager ses convictions, mais qui permet des échanges directs et sans concessions à l’esprit du temps. Par ailleurs, nous avions la volonté de faire partager ces idées au plus grand nombre et notamment aux personnes qui bien qu’en accord avec nous ne s’étaient pas mobilisées à cette occasion. Enfin, la famille est la cause pour laquelle nous nous sommes engagés mais nous souhaitions prendre à bras le corps d’autres sujets tout aussi cruciaux : la défense de la personne vulnérable, l’éducation et le patriotisme que nous souhaitons fier et intégrateur.

Après vos agitations de rue, le combat paraît continuer sur le papier, avec la publication du premier numéro du Gavroche. Peut-on en savoir plus ?

Nous sommes un mouvement d’action. C’est notre ADN. Pour développer ces actions et nous faire connaître, nous avons créé un support à notre image. La gazette Le Gavroche retrace nos actions, nos publications dans les médias, sur les réseaux sociaux et les met en perspective. C’est aussi le moyen pour nous de montrer la multiplicité de nos actions et leur cohérence dans l’esprit Gavroche. Ainsi, tous les trimestres nous gardons un contact direct avec ceux qui nous suivent.

Vous et vos Gavroches, fréquentez régulièrement les réunions des Fils de France. Peut-on y voir un début de jonction entre une jeunesse catholique et une jeunesse musulmane, unies par des valeurs communes, à la fois françaises, mais aussi universelles, au sens bien compris de ce mot ?

Aujourd’hui, il y a une vraie urgence à reconstruire un peuple en France. Pour dépasser les revendications individuelles et répondre au besoin de commun, nous voulons aller vers l’autre. Avec Fils de France, c’est plus qu’une fraternité que nous vivons, mais une amitié au sens aristotélicien du terme. C’est-à-dire de vivre non pas en cohabitant, mais en se cherchant une destinée commune. Pour qu’il y ait une fraternité, il faut que les enfants se reconnaissent un père commun. Ce père commun, c’est la nation. Nos convictions communes nous permettent de vivre cette unité réelle, incarnée, qui ne se limite pas à des slogans autour du « vivre ensemble » !

Indubitablement, vous participez de la mouvance dite « identitaire », mais cette « identité » semble prendre, chez vous, un sens autrement plus large…

Quand on parle d’identité aux Gavroches ce n’est pas pour parler d’identité « contre ». C’est au contraire une identité dont on est fier et que l’on a envie de partager. Nous avons reçu un magnifique héritage, le plus grand défi aujourd’hui est de le faire fructifier et le transmettre, pas de le mettre sous cloche.

Vous êtes très en pointe dans le combat contre la GPA. Dans ce premier numéro, vous évoquez les « fermes à enfants » indiennes. Vous avez même réussi à faire publier une tribune dans Le Figaro où l’on peut lire ceci : « En une dizaine d’années le docteur Sejal Patel a déjà produit 800 bébés, nés de mères porteuses indiennes à destination de couples occidentaux pour la plupart. Dans un pays où le salaire moyen est de 0,6 dollar par jour, être mère porteuse est une aubaine qui laisse espérer entre 8 000 et 10 000 dollars par grossesse. » Certains évoquent « l’islamisation » de la France. Mais la « marchandisation de la planète » ne serait-elle pas un péril autrement plus grave ?

La dignité humaine est en péril aujourd’hui en France et dans le monde. Nous dénonçons toute manœuvre qui tend à chosifier la personne. Or, nous constatons que derrière des arguments prononcés avec le sourire, d’actes généreux et éthique se cachent des drames humains. La famille, qui est le lieu premier de la gratuité et du désintéressement, est peu à peu en train d’être gagnée par le marché. Tant de combats menés par les travailleurs pendant des années afin de retrouver leur dignité, pour se retrouver dans une société ou la maternité est marchandisée ? Que disent les féministes à la vue de ces femmes dont le travail ressemble à celui de poules élevées en batterie? Que diront ces enfants dont l’origine est une tractation financière ?

Sur le drame des « migrants », des « réfugiés », des « clandestins » – on ne sait plus trop comment les nommer – vous campez sur des positions plus qu’hétérodoxes. D’un côté les « sans-frontiéristes », de l’autre les disciples du « grand remplacement ». et c’est là que votre position diverge de la doxa communément admise dans certains milieux “dissidents” : « Entre un monde sans frontières et la peur du Cap des saints [roman de Jean Raspail remontant aux années 1970 et évoquant une immigration tant massive qu’incontrôlable. NDLR], ces deux camps se rejoignent sur un point : ils considèrent tous deux les réfugiés comme une masse informe, déniant à ces hommes et ces femmes un visage, une histoire, des racines. » Vous pourriez développer ?

Nous ne souhaitons pas nous dérober face à ces questions difficiles. C’est l’enjeu des dîners-débats que nous organisons tous les mois. Parce qu’il est difficile de se faire un avis éclairé en suivant uniquement les médias, nous souhaitons prendre du temps pour creuser ces questions. Sur la question des migrants, nous nous interrogeons sur les conditions d’accueil. Si les migrants doivent être accueillis, il faut que cet accueil soit complet. Par accueil complet, nous entendons le fait de mettre en place les conditions suffisantes de leur inclusion réelle dans la société française. Cela veut dire dans l’immédiat, pouvoir travailler, se loger et éduquer ses enfants.

Or ces conditions ne sont pas réunies dans le contexte actuel. Considérer les migrants comme une main d’œuvre pas chère et corvéable à merci comme le déclare Jacques Attali, n’est pas de l’accueil, c’est la chosification de l’homme. Un tel traitement de la question migratoire porte en germe l’explosion sociale de demain. Il en va de même de la générosité sans lendemain des donneurs de leçons. Qui est prêt à changer concrètement son quotidien pour l’autre dans nos sociétés individualistes ? Voilà par quoi doit peut-être commencer l’accueil véritable. Dans ce type de crise, la maîtrise des frontières n’est pas un sujet obsolète. La vocation d’une frontière est de distinguer le « nous » des « autres ». Or, nous constatons que cette crise est révélatrice pour la France de la difficulté de se donner une définition du « nous ». J’ajouterais que la séparation provoquée par une frontière ne doit pas être synonyme d’un rejet de l’autre. La frontière n’est pas un mur infranchissable, comme celui qui sépare aujourd’hui la Palestine d’Israël.

En conclusion de ce premier numéro du Gavroche, cette citation issue d’un poème de Victor Hugo : « Je voudrais n’être pas Français pour pouvoir dire. Que je te choisis, France, et que, dans ton martyre. Je te proclame, toi que ronge le vautour. Ma patrie et ma gloire et mon unique amour ! » C’est votre feuille de route ?

Quand je regarde la situation de la France, je pense à ce magnifique texte de Pier-Paolo Pasolini :

« C’est comme quand il pleut dans une ville, et que les bouches d’égout se sont engorgées. L’eau monte, c’est une eau innocente, une eau de pluie, elle ne possède ni la furie de la mer ni la méchanceté des courants d’un fleuve. Néanmoins pour une raison quelconque, elle ne descend plus mais monte. C’est la même eau de pluie célébrée par tant de poésies enfantines et “chantons sous la pluie”. Mais elle monte et te noie. Si nous en sommes arrivés à ce point, je dis : ne perdons pas notre temps à mettre une étiquette ici et une autre là. Voyons plutôt comment déboucher ce maudit égout, avant de nous retrouver tous noyés. »

Derrière les troubles qui traversent la France, c’est bien plus qu’un pays qui est attaqué, c’est une certaine vision de l’homme. Eh bien, puisque nous sommes face à l’urgence, autant nous serrer les coudes, agissons ensemble avec amour et panache ! N’est-ce pas cela aussi être français ? J’ajouterai encore que Les Gavroches est un mouvement non-confessionnel même si nous ne cachons pas que la majeure partie d’entre nous est catholique. Si notre discours peut rejoindre celui du Pape, c’est bien dans notre volonté de quitter l’entre-soi et de nous adresser aux périphéries. Ainsi, notre mouvement est ouvert à tous les croyants ou non croyants pour peut que l’on soit habité par la recherche du bien commun et la volonté de servir notre pays.

Pour en savoir plus : lesgavroches.org

Pour nos lecteurs souhaitant recevoir le journal Le Gavroche : contact@lesgavroches.org