Tareq Oubrou : « Les musulmans doivent s’adapter à la société française ! »

par Fils de France

Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux, voix de l'islam de France.

Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux, voix de l'islam de France.

La chose est assez rare pour être soulignée, il est encore possible de parler de l’islam de France en toute sérénité. Ce que vient de faire “L’Express” en donnant la parole à Tareq Oubrou.

Vous estimez que les musulmans doivent s’ajuster à la société dans laquelle ils vivent, française en l’occurrence. De quelle manière ?

En partant des réalités concrètes qui l’entoure. Il faut que les musulmans puissent accorder leurs gestes à leur foi sans perturber le fonctionnement de la société par des revendications outrancières, quitte à renoncer à une certaine visibilité. Le “tout ou rien” est néfaste et aboutit à une voie sans issue, qui alimente la peur chez les non-musulmans. On est musulman lorsqu’on a la foi ; c’est la grâce de Dieu qui sauve. Les pratiques cultuelles, elles, sont aménageables. Les prières peuvent être effectuées après le travail, par exemple, ou le jeûne du ramadan reporté en cas de maladie. Le vrai problème concerne les comportements qui relèvent de l’éthique personnelle et qui sont devenus des marqueurs pour beaucoup de musulmans: manger halal, porter le voile… Avec le halal, nous ne sommes pas dans le sacré. Le fidèle a seulement pour obligation d’alléger au maximum la souffrance de l’animal. Quant au voile, je n’ai trouvé aucun texte qui oblige la femme à se couvrir la chevelure. Le combat que les musulmans ont mené pour le port du voile me désole, parce qu’il donne une image négative de la façon dont l’islam perçoit la femme. Cette tendance à tout ritualiser conduit certains fidèles à parler plus de la pratique que de Dieu lui-même !

Les fidèles peuvent-ils s’appuyer sur les imams pour suivre cette voie?

Les imams sont malheureusement souvent les ventriloques des associations qui les salarient et qui sont tenues le plus souvent par des migrants de la première génération. Ces associations ne veulent pas d’imams intellectuels, mais des imams venus du bled, qui ne leur coûtent pas cher, ne font pas de vagues, et qui maintiennent le statuquo théologique. Dans les prêches, les problèmes comme l’échec scolaire, la drogue, l’usage de la raison et du bon sens critique, ne sont pas abordés, alors qu’ils devraient être l’occasion de responsabiliser les musulmans dans la société. Nous avons à Bordeaux un institut privé de formation, où une vingtaine de jeunes apprennent à penser la foi musulmane dans un environnement sécularisé, en tenant compte du droit français notamment. Dans cet institut, je veux avant tout former des gens équilibrés, car quelqu’un qui a des comptes à régler avec la société ne peut pas faire un bon imam. Avec le temps, nous espérons pouvoir développer des spécialités qui répondent aux attentes de la société: économie, bioéthique, etc. L’engagement dans la société: voilà l’antidote à l’esprit de victimisation si répandu dans la communauté musulmane.

Vous appartenez depuis longtemps à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), dont l’image s’est ternie ces dernières années. Ses détracteurs lui reprochent de s’être notabilisée, de ne pas suffisamment faire de place aux jeunes, d’inviter des prédicateurs polémiques… Pourquoi être resté ?

Je suis un homme très fidèle. Bien que je sois loin d’être d’accord sur tout, c’est à l’UOIF que j’ai appris la démocratie, la tolérance et le sens de la responsabilité qui m’ont mené sur le chemin que je poursuis aujourd’hui. Pour moi, l’UOIF ne doit pas intervenir sur le plan politique, par exemple; c’est une organisation religieuse. Elle est aujourd’hui profondément en crise, c’est vrai. À mes yeux, soit elle change radicalement, soit elle disparaît.

Et le Conseil français du culte musulman ? Faut-il le maintenir, en dépit de son manque cruel de représentativité ?

Le CFCM était nécessaire pour donner à l’Etat un interlocuteur. Mais je pense qu’il faut repartir de la base. On pourrait commencer par organiser des assises de l’islam en France rassemblant des imams, des théologiens, des penseurs, des présidents d’associations … L’islam est une religion qui vit sur le terrain, partout dans l’Hexagone. En revanche, il est encore beaucoup trop marqué par une représentation ethnique – marocaine, algérienne, tunisienne… Il n’existe pas d’islam de France, mais un islam maghrébin de France.

Article publié le 9 novembre 2012 : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/les-musulmans-doivent-s-adapter-a-la-societe-francaise_1184813.html

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24 commentaires

  1.  » Avec le halal, nous ne sommes pas dans le sacré ». Propos d’une nullité effroyable. La sanctification de la bête, ce n’est pas du Sacré ?

  2. Tareq Oubrou porte un regard lucide sur notre société. Voila un homme à la pensée profonde qui ne cesse de confronter ses vues avec la réalité socioculturelle des mosquées. Cela donne un cocktail harmonieux et très original. Cette pensée a besoin de relais : d’intellectuels musulmans, de professeurs, d’orateurs qui puiseraient à la « source Oubrou » afin de rendre ce discours intelligible auprès de nombreux musulmans. Nous avons en réalité besoin de médiations. L’institut dont il parle, lance éventuellement le mouvement, avec pour credo une lecture sereine et sage de l’Islam.

  3. Pour Lys : sanctifier la bête ou l’immoler au Saint Nom de Dieu. Si cet acte ne relève pas du Sacré, alors je ne comprends absolument plus rien.

  4. En tant que musulman rigoureusement pratiquant, ne me sentant en aucun cas affilié de près ou de loin à la culture arabe au vu de mes origines européennes, j’adhère intégralement au discours salvateur de Béchikh. Couscous, djellaba, mosquée d’architecture orientale et tout le folklore extra-européen maintenant l’islam dans un caractère exogène et niant l’universalité intrinsèque à cette religion, je m’y oppose fermement.
    J’encourage même Monsieur Béchikh à faire preuve de plus de courage, au vu de ses responsabilités, quant à la question de l’immigration-invasion et de ses répercussions néfastes sur la communauté musulmane française.
    Le ton de ce message sera peut-être perçu comme direct mais il me semble que l’heure de l’angélisme oecuménique n’a plus lieu d’être.

  5. Eric, vous ne m’expliquez toujours pas ce que vous entendez par « sanctifier »? Sanctifier, c’est rendre saint. Or, il ne me semble pas que l’on sanctifie une bête, sans quoi on devrait ensuite se prosterner devant elle ou attendre ses ordres. Chercher à se nourrir, en tuant une bête, n’est pas un acte sacré (on dirait plus couramment « acte d’adoration » ou ‘Ibadat)car n’est sacré que ce qui est fait en vue et exclusivement en vue de Dieu (tel la prière, le jeûne, la lecture du Coran en vue d’accomplir une adoration, le pèlerinage). Ce nourrir est un acte quotidien et nécessaire de la vie humaine mais qui n’a rien à voir avec une pure adoration.

  6. Si, justement. Se nourrir possède cette dimension Sacrée. Difficilement perceptible de nos jour car cet acte a été complètement désacralisé.
    Egorger une bête est la rendre saine à la consommation selon le paradigme et la spiritualité islamique. Je vous renvoie à la signification du sang et à son symbolisme dans la religion.

  7. Se nourrir est un acte d’adoration envers Dieu. L’adoration se décline au travers d’une multitude de choses dès lors que l’intention est formulée.

    • L’adoration peut être exprimée à travers une intention que l’on veut pure mais ne soyons pas de mauvaise foi, si l’homme se nourrit ce n’est pas dans l’unique visée d’adorer Dieu mais de satisfaire un besoin corporel, terrestre et non eschatologique. Les savants ont qualifié ce que l’on appelle les ‘Ibadats – actes rituels. Ils ont restreint ces pratiques à un champ très précis. Les actes de la vie quotidienne peuvent être des gestes pieux et sages sans être pour autant des ‘Ibadats au sens strict. L’alimentation n’en fait pas partie. C’est d’ailleurs une recommandation que de se nourrir du minimum nécessaire (d’où la prescription du jeûne obligatoire et le bienfait du jeûne surérogatoire). Le geste de piété réside ici bien plus dans l’abstention de la satisfaction du besoin que dans son inverse même si Dieu récompense l’homme lorsqu’il va à son désir. La sacralisation de tout acte est une dérive à mon sens. Néanmoins pouvons-nous jouer sur les mots à l’infini et tout labelliser de la marque du « sacré ». A partir de là rien ne peut être discuté à l’aune de son contexte.

  8. Je suis tout à faire d’accord avec vous Eric. La nourrir comporte une dimension spirituelle et donc sacrée. Tout est sacré dans notre vie, séparer le profane et le sacré est à mon sens une grave erreur et une duperie de la pensée moderne.
    Paix à vous.

    • Myriam, sans vouloir vous offenser, dire que tout est sacré dans notre vie est un non sens. Cela reviendrait à dire que déféquer est sacré, que pécher est sacré. Non, tout n’est pas sacré Myriam. Mais dans le fond, je comprend où vous voulez en venir. Vous voulez dire, que tous les actes de la vie peuvent être accomplis en vue de plaire à Dieu. C’est là une chose très différente et il peut plaire à Dieu de tenir compte du contexte dans lequel on vit et de ne pas tout sacraliser, voyez ?

  9. salam je suis d’accord tous les vieux cons il faut les virer illico presto de toutes les mosquees .le temps est venu de laisser place aux jeunes.et il faut arrete de mettre les gens du bled comme imam .ils sont depasses par la societe .et il faut couper avec le bled.
    il faut un islam de france avec des imams de france et né en france et franchement ces imams pour quoi ne font-ils par la daawa au au maghreb qui en a vraiment besoin .et des fatwas pour la france et non une fatwas qui vient d’une contree moyennageuse.ei il faut une seule agence qui organise le hajj par partir avec des escrocs qui pensent qu’à l’argent ,et il serait preferable que cette agence soit dirigé par un musulman francais converti.a bon entendeur salam tu n’es pas obliger de sortir d’harvard pour sortir des verités meme si elles font mal.

    • Khalid j’approuve ton discours à 100% mais des français musulmans issue de l’immigration qui souhaite prêché il y en à tu sais ! mais on leurs ferme la porte au nez !
      Car tout est controlé depuis le ministère de l’intérieure qui choisit nos imams comme des pions depuis le maroc , la tunisie ou l’algerie

  10. Echange remarquable entre les commentateurs ci-dessus, car il met au jour ce qui est en général caché et source de très pénibles car très répétitifs malentendus dans les sempiternels débats sur la « religion » et la « laïcité ».
    Mais il n’y a pas duperie, Myriam.
    Il n’y a duperie, mensonge, qu’avec intention consciente de mentir et de duper. (Quoique ? débat à reporter pour plus tard)
    Ce que vous appelez « pensée moderne » croyait sincèrement que la religion, c’est avant tout la croyance « intérieure » et la volonté de croire. D’où le compromis 1905 en France, bel et bien fondé sur un socle commun de croyance en la nature fondamentale de croyance invisible qu’a la religion, le catholicisme acceptant à moitié de se rallier à cette idée assumée par les protestantismes libéraux, le judaïsme émancipé, et bien sûr l’athéisme. Compromis qui n’a évidemment aucun sens pour ceux qui, quelle que soit leur religion, la considèrent avant tout comme chose vécue dans les pratiques, les rituels, l’espace physique. Mais ceci n’est que petites nuances à l’intérieur d’un autre socle commun : ce que vous appelez distinction entre le profane et le sacré, que je ferais bien remonter aux réformes catholiques du XIème siècle qui séparent les laïcs, au sens propre et premier, de l’Eglise visible.
    Lys, pour voir en quoi la bête est sanctifiée, il suffit de voir les religions archaïques : la créature sacrifiée est bel et bien vénérée au préalable (exemple de l’ours chez les Aïnous, utilisé par René Girard pour prouver l’origine religieuse commune de la chasse et de l’élevage).
    En somme, son soufisme a mené M. Oubrou vers une conception très occidentale de la religion, tandis qu’Eric en a acquis une conception orientale, sans même avoir besoin des supports esthétiques et folkloriques extra-européens qu’il congédie si directement.

  11. Pierre Jolivert, mon cadre théorique est, je pense, différent de celui que vous m’évoquez, je dois être une très mauvaise fille de France :( . Je vous renvoie à la pensée soufi et en particulier à une notion fondamentale, l’excellence (el ihsan). Vous comprendrez que cette distinction schizophrène du sacré/profane lui est totalement étrangère. Il ne s’agit pas d’être dans une opposition, une revendication ou autre, il s’agit simplement de vivre avec Dieu et de l’adorer en permanence pour ne pas s’égarer : conseiller, aimer, sourire, manger, sacrifier et j’en passe peuvent être adoration, le sacré ne se limite aux 5 piliers de l’islam. La nature humaine est complexe et me fait penser à un bébé, un moment d’inattention et pafff il tombe. Ce moment… c’est le divertissement, le profane comme vous dites! c’est en somme l’oubli, l’insouciance, ou ce que certains appelleront la rafla, le divertissement.
    Désolée pour la digression :
    Paix à vous cher Pierre !

    • Myriam, veuillez pardonner mon allusion au soufisme, que je ne sais pas où j’ai pêchée : j’étais persuadé en la consignant avoir lu une référence au soufisme dans l’interview elle-même, mais ce n’est pas du tout le cas, et je ne retrouve rien de ce que j’aurais pu « feuilleter » à ce moment-là qui m’aurait conduit à cette confusion. Preuve s’il en était besoin que j’y connais absolument rien.
      D’ailleurs la 1ère fois que j’ai tenté de dresser cette ligne de partage entre deux conceptions de la religion sur une place publique de la Toile, un musulman m’a répondu que je sous-estimais énormément la part de croyance ou de foi stricte dans l’islam. Je ne suis pas sûr d’avoir progressé dans mes formulations, mais je pense que vous m’y aidez.
      J’aime beaucoup votre emploi de « divertissement ».
      Je vois en tout cas que vous percevez bel et bien deux cadres théoriques. Il y a des différence entre plusieurs (en l’occurrence, deux) façons d’aménager le rapport entre deux choses : le monde (le siècle, le profane, le divertissement) et le surmonde (le sacré, le divin ?). Ah, mais nommer comme ça, c’est rejoindre un cadre théorique, on ne s’en sort pas.
      Paix sur vous pareillement.

  12. Merci pour tout
    merci pour vos textes.
    Musulmans et chrétiens doivent s’unir contre le judéo-maçonnisme !

  13. Un beau message. Mais le voile est et restera une oblilgation en Islam! S’adapter à une société mais tout en respectant l’ordre divin.

  14. Malheureusement la plupart des convertis font parti de l islam fondamentaliste!!! Que c desolant!!!!

    • vrai ! bien dit lila75 , d’ailleurs la majorité de ceux parte faire le jihad depuis la France ou la Belgique sont des « soit disant convertie »

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