Non, Monsieur Binet, les enfants ne sont pas la variable d’ajustement des désirs des adultes !

par Jérôme BRUNET

Jérôme BRUNET  Président de l’association Appel des professionnels de l’enfance

Jérôme BRUNET Président de l’association Appel des professionnels de l’enfance

(Discours de Jérôme Brunet, président de l’Appel des professionnels de l’enfance, le 2 février, esplanade de la Défense)

En 2004, notre association appelait les pouvoirs publics à organiser des débats sur les questions du mariage et de l’adoption au sein d’unions de personnes de même sexe et des conséquences sur le développement des enfants.

Nous sommes des professionnels de l’enfance. Nous faisons ce métier parce que nous avons la passion de l’éducation et de l’enfant.

Ce projet de loi a deux facettes : si l’on considère la première, celle du point de vue des adultes, on ne peut qu’être touché par la souffrance de certaines personnes homosexuelles qui demandent à l’État de reconnaître leur situation et de leur permettre d’avoir des enfants.

En revanche, si l’on considère le point de vue des enfants, et c’est ce que nous, professionnels de l’enfance nous faisons, nous ne pouvons qu’alerter vivement sur les conséquences d’un tel projet.

S’agit-il de simples ajustements qui permettraient de corriger quelques vides juridiques ? Non, ce projet de loi va bien plus loin : c’est un bouleversement de civilisation.

Comment, en CE1, l’enfant dont la loi dira qu’il a deux pères ou deux mères, fera-t-il sa généalogie ? Comment choisira-t-il entre la généalogie biologique (géniteur/génitrice) et la généalogie sociale (Deux pères, ou deux mères) ?

N’en doutons pas, c’est la généalogie sociale qui prévaudra !

Et comment l’enfant se construira-t-il dans son identité sexuée ? Car disons-le : un référent masculin ne remplace pas un père ! Un référent féminin ne remplace pas une mère !

 

On nous ment !

Comme beaucoup de citoyens aujourd’hui, comme beaucoup de professionnels, nous sommes en colère.

En colère parce qu’une fois de plus on place l’intérêt de l’enfant après celui des adultes !

En colère parce qu’il ne suffit pas d’expliquer aux enfants pour que leur souffrance disparaisse. Nous sommes bien placés pour le savoir : les mots ne suffisent pas à pallier les difficultés quand les enfants manquent de repères !

En colère, parce que lorsque nous avons rencontré Erwann Binet (député de l’Isère et membre de la commission des Lois NDLR), et que nous lui avons posé la question sur les conséquences qu’aurait ce projet de loi sur les enfants, il nous a répondu : « la société s’adaptera ! »

 

Non, Monsieur Binet, les enfants ne sont pas la variable d’ajustement des désirs des adultes !

En colère, parce que nous savons que l’on nous ment et que ce projet ne pourra s’arrêter là : il y aura la PMA, puis la GPA, toujours au nom des droits des adultes !

En colère, parce qu’on veut nous faire passer pour des homophobes, alors que nous avançons des questions qui restent sans réponses.

Nos questions sont justes, légitimes ! Pourquoi ce silence ?

En colère, mais calmes, déterminés, nous continuerons à nous mobiliser pacifiquement.

Aujourd’hui, nous sommes sur le parvis de la Défense, derrière moi, se dresse l’arche de la Défense : qu’elle soit pour nous le symbole de la défense des droits de l’enfant ! Devant moi, je vois l’arc de Triomphe, au loin : qu’il soit le symbole du triomphe de notre cause et de notre combat : celui des enfants !

Jérôme BRUNET 

Président de l’association Appel des professionnels de l’enfance

Laisser un commentaire

2 commentaires

  1. Bravo a Monsieur Brunet pour sa prise de position courageuse. On remarque que son engagement touche à une certaine conception de la justice. Il n’est pas juste de faire dérogation à la règle biologique, pour accorder un droit extrêmement pénalisant envers les membres les plus fragiles de nos sociétés. Le principe de précaution s’applique et ce n’est que par une loi négative que nous tentons de contenir encore pendant quelques années cette revendication.

    Seulement, petit bémol, nous ne pourrons contenir l’immense marmite du droit à la reconnaissance indéfiniment. La question qui se posera tôt ou tard est celle du socle métaphysique des normes. Parler du droit de l’enfant est touchant et reflète clairement notre conception de la démocratie mais renvoie toujours à un affect. Nous confrontons nos affects compassionnels, à l’égard des homosexuels, à ceux que nous ressentons à l’endroit des enfants. Cet état d’esprit n’est que la prémisse d’une sorte d’état de nature, ou les passions s’affrontent et ou le lobby le plus puissant fini par l’emporter. La réalité, c’est que durant des siècles, l’enfant n’était pas un sujet de droit car non doué de raison. Les droits indirects dont il bénéficiait découlait de la responsabilité totale du parent. Le socle métaphysique qui permettait à cet ordre d’être solidement ancré était la Nature -au sens biologique- , Dieu et la Justice.

    C’est une sorte de dialogue de sourd que nous engageons aujourd’hui ou chacun revendique sa propre sensibilité.

    • C’est dit de façon parfaite et lumineuse. Chapeau bas, et accord complet, Lys.

Laisser un commentaire

Tous les commentaires sont lus par un modérateur avant leur publication.
Votre e-mail (adresse de contact) ne sera pas visible.