Mains armées. Un scénario béton et des acteurs, rien que des acteurs !

par Marguerite

Leila Bekhti

Mains armées est un excellent polar servi par d’excellents acteurs. Roschdy Zem et Leïla Bekhti, pour ne citer que ces deux-là. Enfin traités comme des acteurs, rien que des acteurs, et pas comme des Beurs !

 

Après quelques années de flou, la France renoue avec les grands polars. Un genre dans lequel elle excellait au détour des années soixante, du temps des Boisset, Verneuil ou Melville, avec ces grandes figures qu’étaient Gabin, Belmondo, Delon et autre Ventura. Influence du grand frère américain, la série des films des Inspecteur Harry a alors introduit dans le paysage la figure du flic justicier – on l’a assez reproché à Clint Eastwood – et les gros flingues. Et puis on est passé au noir, au sombre, aux flics ripoux, au trash…

Les flics de notre nouveau siècle ont changé. Parce que la société a changé. Parce que la technologie a changé. Un détail : regardez un polar d’avant l’ère de l’informatique et du portable, cela vous paraitra aussi éloigné de notre monde que les néandertaliens au fond des cavernes !

Le polar d’aujourd’hui est technique, efficace. Celui que nous offre Pierre Jolivet avec Mains armées est un grand cru. Scénario ficelé serré, intrigue soutenue et dimension psychologique d’une rare justesse. A signaler toutefois une violence d’autant plus percutante qu’on la sent calquée sur la réalité.

Pour la vérité de l’intrigue, Jolivet a fait appel à un ex-flic, Simon Michael. C’est utile pour éviter les clichés. Le commissaire Lucas (Roschdy Zem), patron à Marseille, mène l’enquête sur un trafic d’armes venues des Balkans. À la manœuvre, des truands serbes hyperviolents, sans foi ni loi sinon celle du profit et qui donnent aussi dans la drogue. L’enquête de Lucas va le mener – à moins qu’il ne s’y laisse mener – à Paris où il croise Maya (Leïla Bekhti), une jeune enquêtrice de la brigade des stups sous la coupe de son patron à la moralité douteuse (Marc Lavoine dans un excellent contre emploi). Lucas a 46 ans, Maya 25. C’est sa fille, qu’il a abandonnée sans l’avoir jamais connue. Deux générations, deux visions qui se heurtent. Ils se cherchent, dans tous les sens du mot.

Mais au-delà du film qui vaut par ses qualités propres, il faut saluer ici une étape dans le cinéma français : enfin, on met à l’écran des acteurs “issus de l’immigration”, pour user de la formule consacrée, qui ne sont là que pour leur talent. Des acteurs, et rien que des acteurs, dont l’origine – enfin ! – n’est pas un élément du scénario. Ces deux-là sont flics, point. Pas des clichés sociaux à trajectoire prédéfinie. Car même si l’on est passé au fil des ans de l’emploi obligé – l’immigré délinquant, puis l’immigré victime du flic raciste, puis l’immigré flic –, on était toujours dans le cliché. Alors, se dire que le nouveau Belmondo s’appelle Roschdy Zem et la nouvelle Sophie Marceau, Leïla Bekhti, c’est signe que le cinéma devient réellement le miroir de notre société.

MARGUERITE

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3 commentaires

  1. Si on s’extasie juste parce que les « rebeux » ne sont plus considérés comme tel, inutile de s’enflammer sur un film en réalité très très moyen avec de grosses ficelles!

  2. « des truands serbes hyperviolents, sans foi ni loi »
    en voila un de cliché repris par beaucoup de séries( américaines surtout et occidentales en général). Dès qu’on parle d’ex-Yougoslavie,on nous flanque le personnage « terrorriste-mafieux serbe a tendance génocidaire ayant gout pour le viol, sans valeur et sans moral ». Quand c’est méchant et que ca vient des Balkans: c’est Serbe ?

    Ceci dit,tant mieux si ce film ne caricature pas les personnages principaux, uniquement du fait des origines des acteurs.

  3. Même si c’est rare jusqu’ici, ce n’est tout de même pas unique. Ce n’était pas dans des tout premiers rôles, mais on peut noter:

    . L’excellent Roschdy Zem, dans le très bon « Stand-by » (2000), où il donnait la réplique à Dominique Blanc. Il n’était pas là comme beur de service, de souvenir je trouve même qu’il avait plutôt une dégaine de titi parisien.
    Vu également dans « Monsieur N » (2003), dans le rôle du grand maréchal Bertrand, général du premier empire, et compagnon de Napoléon à Ste Hélène.

    . Le tout aussi excellent Samir Guesmi, que l’on a vu dans « Violence des échanges en milieu tempéré » (2003) ou « Qui perd gagne » (2004), si je me souviens, il était tour à tour patron de bar, et flic, et jamais ses origines n’étaient étalées dans l’histoire du personnage.

    . Nader Boussandel, que l’on a beaucoup vu sur scène chez Rollin&Baer (grand mezze, puis pièces à sketch de Baer). Egalement au cinéma dans « Akoibon » (2005) d’Edouard Baer.

    amitiés, continuez votre action salutaire.

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