La politique de la France au Proche-Orient… Le changement, c’est maintenant ?

par Daoud Ertegun

Hollande / Védrine

Le voyage officieux de Michel Rocard à Téhéran, signe avant-coureur d’un fléchissement de la position du Quai d’Orsay, tel qu’anticipé sur ce site, quelques jours avant le second tour de l’élection présidentielle ? Ça semble se confirmer. Pour l’instant.

 

Par nature, la langue diplomatique, quand elle n’est pas de bois, est au moins de feutre. Il y a ce qui est dit et ce qu’il convient de comprendre ou de subodorer. À propos du voyage de Michel Rocard en Iran ? Le Nouvel observateur du 24 mai dernier rapporte les propos d’un proche de François Hollande : « Michel Rocard ? C’est comme Jimmy Carter en Corée du Nord, une aventure solitaire de vieillard naïf… » Mais un autre proche, toujours cité par le même hebdomadaire, corrige le tir : « Avant, [durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, NDLR] Paris bloquait toute ouverture envers Téhéran. Nous étions totalement alignés sur la position d’Israël. François Hollande a décidé que cette attitude n’était plus productive, que nous devions lâcher un peu de lest. »

Traduction : sur le dossier iranien, l’ancien Président, devenu presque plus jusqu’au-boutiste qu’Israël, en était arrivé à contrarier la diplomatie américaine, pas bien chaude pour déclencher ce qui pourrait bien aboutir à une Troisième guerre mondiale. Ce que confirme cette autre confidence issue de l’Élysée : « Nous resterons fermes sur les principes, mais nous n’emmerderons plus les Américains. » C’est tout le pragmatisme hollandais résumé ; à savoir, recentrer les curseurs, en finir avec une vassalisation trop voyante vis-à-vis de l’État hébreu, arrêter, à force de vouloir plaire aux Américains, d’en arriver à leur déplaire et commencer de retrouver un début de marge de manœuvre pour la France.

Est-ce un fait exprès, mais le même jour, un autre hebdomadaire, Le Point, annonçait le retour en force des proches d’Hubert Védrine, bien connu de nos lecteurs, dans le proche entourage de François Hollande et de celui de Laurent Fabius, le nouveau ministre des Affaires étrangères.

Personne ne sait si cette realpolitik des petits pas aboutira. Au moins François Hollande aura-t-il essayé. Et de toute façon, cela ne pourra pas être pire qu’avant, du temps de Bernard Kouchner qui, à la télévision, appelait à la guerre contre l’Iran, au nom de la solidarité des hommes et de la condition des femmes ; enfin, une sorte de bidule approchant. Dire qu’il aura fallu un enfant spirituel de Jacques Delors à la tête de l’État pour que la France retrouve un semblant de politique gaullienne, c’est quand même le comble du paradoxe.(1)

Daoud ERTEGUN

(1) L’autre paradoxe, c’est que des gens de droite aient pu voter pour Nicolas Sarkozy en 2007, persuadés qu’ils allaient mettre aux affaires un autre fils spirituel, celui du Général de Gaulle, pour se retrouver ensuite avec un Bernard Kouchner au Quai d’Orsay…

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1 commentaire

  1. Ce qui me fait plaisir c’est que vous ne tombez pas systématiquement dans le complotisme ni la critique gratuite.

    On sent bcp d’impartialité chez vous et également de l’espoir et un vrai désir de construction de société.

    Cela change de ER et autres groupuscules qui ne souhaite que le perte de tous afin qu’ils puissent par la suite jubiler!

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