Camel Bechikh, le musulman qui voulait un islam « franchouille »

par Ramses Kefi, lien vers l'article source

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Il adore le terroir, réclame une pause dans l’immigration et parle beaucoup d’identité nationale. Porte-parole de la Manif pour tous, Camel Bechikh prône un islam patriote. Et il est souvent rangé à l’extrême droite.

En avril dernier, Camel Bechikh a participé à un colloque organisé par le Front national, sur le thème de la cohabitation entre l’islam et la République. Avec le profil de l’intervenant parfait.

Un musulman pratiquant, fils d’immigrés algériens, qui défend l’héritage judéo-chrétien de la France, dénonce la porosité des frontières et estime que la mondialisation – entre autres – a porté un sale coup à l’identité nationale.

Tandis qu’il expliquait au public présent l’impossibilité d’expulser les musulmans français, une voix dans l’assistance l’avait interpellé :

« Dehors [les musulmans, ndlr] ! »

Il avait répondu poliment, puis continué son exposé. Tranquillement, comme un prof à la fac. Quelques minutes plus tard, il était applaudi.

Camel Bechikh au colloque Idées et nation, du FN 11 avril 2013

 

Camel Bechikh est un homme courtois, cultivé et de plus en plus sollicité, qui donne l’impression d’avoir toujours les bons arguments. Porte-parole de la Manif pour tous et président de l’association Fils de France – qui prône un islam « patriote » – il représente surtout le fantasme du musulman qui roule pour l’extrême droite. Une image qu’il réfute :

« Non, je ne suis pas “le sous-marin” de Marine Le Pen dans la communauté musulmane. »

« Je n’ai jamais connu la discrimination »

Camel Bechikh, 39 ans, est membre de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) – réputée conservatrice – et l’un des responsables de la grande mosquée de Bordeaux. Il a aussi fait partie du Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP) – qu’il a quitté depuis – , une organisation humanitaire décriée par certains pour ses liens supposés avec le Hamas.

Sur sa vie privée, il en dit le moins possible. Une scolarité dans des établissements catholiques, des études d’histoire de l’art et d’arabe et un emploi dans le commerce sur lequel il reste vague.

Lui préfère s’épancher sur ses origines rurales, comme à peu près chaque fois qu’il est interrogé par les médias. Sur sa naissance dans le Berry, son enfance heureuse dans le terroir – avec ses onze frères et sœurs – et son amour pour les bérets, les clochers et les petits commerces.

Parfois, il en parle comme si tout ça était un gage de patriotisme. Et comme si ses coreligionnaires qui avaient poussé dans les tours HLM avaient tous plus ou moins un souci avec la France. Il dit :

« Je peux comprendre que lorsque l’on grandit au milieu d’un kebab et d’un fast-food, on ait du mal à aimer et à s’identifier à son pays. »

Au fil de la discussion, il admettra que c’est un cliché. Mais il s’en moque un peu, car il est persuadé d’avoir raison. Pour nuancer, il glissera quand même :

« Je suis conscient d’avoir été préservé et d’avoir été élevé dans une bulle. Par exemple, je n’ai jamais connu la discrimination. »

Il prône une version française du voile

Il a fondé Fils de France – qui a pour emblème un coq – il y a environ deux ans. Une association « apolitique », qui compte selon lui 400 adhérents et qui défend deux doxas.

La première est l’acculturation des musulmans. Il part du postulat – essentialiste – que ses coreligionnaires – notamment banlieusards – ont du mal à exprimer leur amour pour la France, mais aussi à trouver un équilibre entre leur spiritualité et la réalité française.

Dans les faits, cela se traduit, entre autres, par le gommage de tout ce qui pourrait donner à l’islam français une connotation étrangère. Pas de djellaba, pas de minarets pour les mosquées et pour le voile – dont il n’est pas le plus fervent partisan –, une alternative locale :

« Un chapeau, un béret ou même un bandana. La plasticité de l’islam et donc sa capacité à épouser les cultures qu’il a rencontrées au fil des siècles n’est plus à prouver. Cela a marché partout, il n’y a pas de raison qu’ici, cela ne soit pas le cas. »

Il rappelle que ce n’est pas un appel à renier ses origines :

« Il faut simplement les appréhender de manière apaisée, pour ne pas tomber dans le fantasme. Et savoir où l’on va. »

La seconde est la nécessité de peser sur l’opinion publique, en participant à tous les débats où il est question d’islam en France. Sa présence dans un colloque organisé par le Front national se justifie pleinement selon lui :

« C’est avec ces gens-là – islamophobes carabinés – qu’il faut discuter en priorité. La politique de la chaise vide n’est pas une solution. Il faut leur expliquer rationnellement que tous les musulmans ne sont pas des poseurs de bombes. »

A la recherche de la France de son enfance

En 2012, le site communautaire musulman Oumma.com ne l’avait pas épargné après son passage sur France Inter. Extrait :

« La France de notre enfance ne ressemble plus à ce qu’elle était entre les McDonald’s et les kebabs, je peine à retrouver les bistros bien franchouilles dans lesquels j’allais avec mon père.

Le deuxième danger, c’est l’immigration massive, ce n’est pas parce qu’on est musulman et issu de l’immigration que l’on doit valider un flux migratoire incessant qui met en péril l’économie du pays, le vivre-ensemble et qui aujourd’hui n’est plus assimilable. »

Dans Le Figaro, Vincent Nouzille est allé plus loin. Le journaliste le cite dans son article « Les réseaux secrets du Front national » comme étant dans le giron du parti. Pas encarté, mais une sorte de bon ami. Joint par téléphone, le FN n’a pas répondu à nos sollicitations. Camel Bechikh nie. Il affirme que sa famille à lui, c’est les souverainistes :

« Je m’inspire beaucoup de Nicolas Dupont-Aignan et de Jean-Pierre Chevènement. Souvent, nos discours se rejoignent. »

Et admet quelques autres affinités :

« J’apprécie aussi Hubert Vedrine, Henri Guaino ou même Philippe Seguin. »

Il a écrit dans le même journal que Soral

Le recteur de la Grande Mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou, son mentor, analyse :

« C’est très compliqué de le mettre dans une case. A une époque, il s’est peut-être rapproché de la mouvance d’Alain Soral, mais il en est revenu. »

L’intéressé est expéditif :

« En 2009, j’avais seulement organisé un débat entre Tareq Oubrou et lui. Sinon, je n’ai aucun lien avec lui. »

Alain Soral l’aime bien. Les deux hommes ont d’ailleurs un point commun. Ils ont tous les deux écrit dans Flash, un ancien bimensuel d’extrême droite – un positionnement que certains réfutent – anti-américain, anti-israélien, mais dont la particularité, selon notre blogueur Jean-Yves Camus, est de ne pas être islamophobe. Camel Bechikh parle de cette expérience avec pragmatisme :

« J’ai couvert pour ce journal un congrès du FN. Cela m’a permis de voir de plus près à quoi ressemblait ce mouvement. »

Des musulmans parfois impressionnés

A la Manif pour tous, la banderole écrite en arabe en tête de cortège l’a profondément irrité :

« C’est une ineptie. Cela renvoie les musulmans à leur arabité. Et puis, la plupart des musulmans ne lisent pas l’arabe littéraire. »

Là-bas, certains musulmans l’ont reconnu. Intrigués, parfois impressionnés. « Il est audacieux et c’est ce qu’ils nous manque pour avancer », m’a glissé l’un d’eux. Ce dernier est d’accord avec le président de Fils de France sur « l’anomalie » de la double nationalité et le côté bling-bling que revêt de plus en plus la foi musulmane :

« Des grosses barbes, des voiles mais le cœur n’y est pas. Ni le comportement. Résultat, on est la risée de tout le monde. »

Sous couvert d’anonymat, le responsable d’une association musulmane assez influente explique :

« C’est quelqu’un d’intelligent, qui pose des questions qui commencent vraiment à être reconnues comme légitimes par la communauté. Il y a un tel désarroi face à l’état de la société que le refuge vers des valeurs traditionnelles apporte sécurité et confiance.

En puis il reste dans un islam orthodoxe. En fait, il incarne quelque chose d’assez hybride qui commence à percer. »

Lui chez le FN : « Qui récupère qui ? »

« Une connaissance au Figaro m’a assuré que là-bas, je n’étais pas connoté à l’extrême droite, plutôt à la droite traditionnelle », lâche Camel Bechikh, qui ne comprend pas toujours certains termes que lui opposent les journalistes :

« Souvent, on dit que je suis récupéré. Mais lorsque je vais dans un colloque du FN déconstruire certains imaginaires à propos de la communauté musulmane, c’est aussi dans mon intérêt. Qui récupère qui finalement ? »

Sur le patriotisme, il assure que son action dépasse le champ de la communauté musulmane :

« Bien que cela semble petit à petit s’inverser, il y a une France – quelles que soient les confessions – qui ne s’aime pas. A l’écouter, il y a toujours mieux que nous, ce qui justifie le dénigrement. Pourtant, nous avons de quoi être fiers de notre culture, et de notre pays. »

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11 commentaires

  1. bon fils de france ok MAIS OU SONT LES FILLES ??
    en tant que celte mon sang n a fait qu un tour ou sont les femmes ?? l’égale la compagne celle qui est aux cotés des son compagnon ?? absente ?? il est évident que dire franchouillard est aussi une marque de mépris aucun français n utilise ce terme .les écoles catholiques et leur éducation sont sous jacentes dans le discours et disons le rejoignent le discours de la religion musulmane sur le droit des femmes .. allons Monsieur du sérieux informez vous encore

    • En tant que celte ?
      Franchouillard une marque de mépris ? Un terme qui n’est plus utilisé en France ?

      Cela prouve les capacités intellectuelles et le bagage culturel que possède M Bechikh par rapport à d’autres qui s’estiment plus français que le français.

      Un catholique défendra son dogme tout comme un musulman défendra le sien, cela me parait logique. Pourquoi renier une vérité à laquelle on croit ? Pour plaire à d’autres ?

      Si tu as besoins d’infos sur le droit des femmes en Islam alors je t’invite à te renseigner et tu te rendras compte que tes idées préfabriquées sont fausses.

    • Pour information, le directoire de Fils-de-France est composée à 50% de femmes, la Secrétaire Générale de FdF est une femme. Moi-même (La rédaction) suis une femme. Désolé de vous décevoir, les filles de France sont aussi actives au sein de la structure que ses fils ! Si nous avons choisi de travailler en coulisse, cela nous regarde. Je vous prie de ne pas mépriser notre travail.

    • La rédac’ est susceptible. En même temps, normal. Il ne faut pas être bête pour comprendre que le masculin est utilisé de manière générique.

      Quand on dit les Hommes, on parle du genre humain qui comprend les hommes et les femmes.

      Mon amie Tesseron, si tu avais plus chercher, tu aurais trouver sur ce site de nombreuses réponses à ta remarque.

  2. Pour ma part je ne vois aucun mépris dans la désignation « franchouille » (« franchouillard » a une connation plus préjorative).

    Quant à l’appelation « Fils de France », elle renvoie aux aspects patriotiques et combatifs du peuple français, les femmes n’en sont pas exclues (même si les aspects proprement « combatifs » sont un peu l’apanage des hommes, par nature !).

    Je trouve monsieur Tesseron que vous faites un procès d’intention à Fils de France aussi facile qu’injustifié.

    Fabrice (Flamand et Arverne)

  3. Celte ne veut pas dire français.
    Les celtes ont irradiés une grande partie de l’europe et la turquie. Cet homme est la seule possibilité pour un français musulman d’être autre chose qu’un divers-barbu-djeune.

  4. Très franchement, le discours de cet homme me parle, il est apaisant, me paraît sincère et honnête…oui, je rejoins notre ami Larbi, enfin un discours qui élève et qui n’est ni plaintif ni vindicatif! J’adhère à mille pourcents. Merci Monsieur Bechikh et que Dieu vous bénisse, vous et ce mouvement qui, je suis certaine, prendra de l’ampleur…

  5. « Des grosses barbes, des voiles mais le cœur n’y est pas. Ni le comportement. Résultat, on est la risée de tout le monde. »

    Ce qui nous renvoie au Tartuffe de Molière, dont je saurais trop recommander la lecture, ou à Nicolas Boileau :
    Un bigot orgueilleux, qui, dans sa vanité
    Croit duper jusqu’à Dieu par son zèle affecté,
    Couvrant tous ses défauts d’une sainte apparence,
    Damne tous les humains de sa pleine puissance.

  6. Vous êtes pathétiques et de toute façon nul n’est prophète en son pays… donc toutes ces discussions sont vaines… Chacun défend son terrain et personne n’a de crédit une seule vérité qu’on ne peut nier la France est Fille Ainée de l’Eglise, elle l’est toujours… mais silencieusement alors français ou non… L’Islam ne sera que toléré en France… D’autant qu’il relève un nombre de contradictions juste énormes… Dans la Sourate sur l’annonciation… il est clairement dit que Jésus est le Messie, seul les musulmans qui ne réfléchissent pas continuent dans cette voie… J’attends une chose… c’est que le nombre exacte de musulmans devenus chrétiens soient un jour donné comme l’a encouragé Benoit XVI, que ceux qui ont osé réfléchir au péril de leur vie, écoute leur conscience soit entendu par tous… pour le moment eux seuls ont du crédits ils savent ce qu’ils ont quitté, eux seuls peuvent parler de qui ils ont rencontré en vérité… Qu’on leur donne enfin la parole et qu’ils n’aient plus peur… Pour le reste dans un camps comme dans un autre Dieu seul sera juge car chacun a défendu son terrain et personnes ne pensent aux persécutés dont font partis ces anciens musulmans, ainsi que tous les chrétiens orientaux dont le nombre de morts à largement dépassés toutes les persécutions juives non durant la shoah… mais durant toutes l’histoire et de cela nous sommes tous responsables car au lieux de défendre une religion on ferait peut être mieux de défendre la personne humaine et sa dignité, qui défend l’homme surtout le plus vulnérable défend Dieu car il est créé à l’image de Dieu… Chacun devrait rentrés en lui même et se convertir. Je ne parle pas non plus des enfants adoptés, qui ont été pris pour certains entre des parents adoptant chrétiens et des parents qui leurs ont donnés la vie musulmans toutes ces querelles ne font qu’aggraver leur mal être et beaucoup se suicide… Alors avant de penser à vous, à nous pensons à ceux qui souffrent plus que nous! Car notre véritable nationalité est l’humanité et arrivé la haut… Soyez sur d’une chose ce n’est pas la voie religieuse que l’on a suivi que Dieu regardera mais notre capacité à nous faire proche de ceux qui souffrent, à nous décentrer de nous même et à accueillir l’autre comme un frère. Comme si Dieu était arbitraire avec ses Créatures… il n’y a que l’homme pour faire croire ça, ou essayer de faire croire cela aux autres!

  7. Cher Monsieur,
    Je suis bien prêt à vous croire. Vous voulez nous vendre à toute fin une religion mais que faites-vous alors de la laïcité et de l’athéisme dans votre rapport à la France.
    Si vous voulez que l’Islam dont vous êtes un farouche partisan soit accepté dans ce pays que vous dites tant aimer, il vous faudrait abroger tous ses aspects non compatibles avec notre constitution : égalité homme/femme, châtiments corporels par exemple alors que le coran étant à vos yeux un livre sacré, ne peut être ni modifiable, ni critiquable et doit être pris dans sa globalité. L’apostasie est condamnée à mort dans le coran.
    Cordialement

  8. Petite question a Hassen robbanna: droits des femmes dans l’islam! D’accord mais quel Islam? Celui de Tunisie,de Jordanie,des émirats,d’Indonésie???… J’ai vu dans ces pays un traitement des droits féminins tellement différent!!Ceci dit tout a fait d’accord avec Daniel, il va falloir faire »bouger les lignes » pour mettre en adéquation le Coran ( ou l’interprétation qu’en font certains!) et le 21 e siècle!

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