Banlieues et cités : ce n’est pas toujours ce que l’on croit

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Le 13 novembre 2015

C’était il y a… 42 ans ! C’était hier, donc et le film de Gérard Pirès, sur un scénario de Nicole Buron, Elle court, elle court la banlieue, avait marqué les esprits. Tout ceux qui n’y mettaient que rarement les pieds découvraient ainsi le quotidien de ceux qui n’avaient pas toujours choisi d’y vivre de leur plein gré. Ou à l’insu de celui-là, c’était selon.

Embouteillages pour les automobilistes (déjà !), transports en commun lents, surchargés, anxiogènes pour les usagers, sans compter la promiscuité de voisins bruyants : pour gagner quelques mètres carrés d’habitation et économiser quelques francs de loyer, Elle court, elle court la banlieue montrait que l’existence n’y était pas un long fleuve tranquille…

Quatre décennies plus tard, non seulement cette opinion est plus largement répandue encore (euphémisme !) parmi ceux qui n’y ont jamais habité, mais, qui plus est, leur opinion est autrement plus… apocalyptique : c’était la galère hier, ce serait carrément l’enfer aujourd’hui.

L’enfer ou seulement le purgatoire ?

À l’occasion de la commémoration des émeutes survenues en 2005 après les morts dans un transformateur de deux adolescents de Clichy-sous-Bois fuyant la police, le journal Ouest France s’est interrogé : “Les banlieues sont-elles ce que l’on croit?”

Pour le premier quotidien de France, un constat s’impose : les banlieues sont avant tout synonyme d’idées fausses ; non qu’elles soient toutes havres de paix et de sérénité, loin de là ! mais l’image que s’en font les Français qui n’y mettent toujours pas davantage les pieds qu’en 1973, serait largement erronée. Ô combien !

D’abord, banlieue est souvent synonyme de HLM, alors que « la majorité des logements HLM ne se situent pas en banlieue » et que la « majorité des banlieusards n’habitent pas des cités, et vivent souvent en pavillon »… et d’après un sondage Odoxa pour Le Parisien/Aujourd’hui, ils seraient même 85 % a être satisfaits de leurs lieux de vie.

Et l’article d’Ouest France de démentir quatre autres idées, toutes aussi fausses : « La peur des violences urbaines est deux fois plus élevée dans les communes rurales que dans les grandes agglomérations » (dixit le démographe Hervé Le Bras) ; « Les ménages pauvres ne vivent pas dans des cités “sensibles”, mais dans des périphéries plus lointaines » (dixit cette fois le géographe Christophe Guilluy) ; « Des sommes considérables – plusieurs centaines de millions par an, bien plus que pour le milieu rural – y sont consacrées » ; « Les banlieues produisent de la richesse… qui s’en va. Ceux qui réussissent – et il y en a beaucoup ! intègrent les quartiers centraux. »

Pourquoi alors autant d’idées fausses concernant l’insécurité, la délinquance ou encore la pauvreté qui seraient les signes distinctifs et à « fleur de rue » de nombreuses banlieues françaises, et qui s’appuient pour cela sur d’incessants témoignages – pour la plupart parfaitement véridiques – qui nous font penser, tout de même ! qu’il ne s’agit pas uniquement de légendes urbaines et compagnie ?

Parce qu’en fait l’opinion publique ne distinguerait pas les « quartiers sensibles » – où prospèrent indiscutablement tous les maux évoqués ci-dessus – du reste de la banlieue où ils se situent… et cette opinion publique ne prend pas suffisamment en compte les incessants remplacements de populations qui s’y opèrent ; la réalité de la banlieue, c’est surtout la volonté des populations de ces seuls « quartiers sensibles » de la quitter… même si parfois existe la crainte de leurs concitoyens que leurs propres quartiers ne soient à leur tour, un jour, gangrénés par ces maux.

Et ceux qui la quittent – très nombreux, mais toujours moins que ceux qui, immédiatement, les remplacent – sont ceux qui ont forcément trouvés sur place à s’en donner les moyens pour cela, notamment financier…