Aung San Suu Kyi : la chute d’une idole ?

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Le 20 septembre 2017

Dans l’imaginaire médiatique, Aung San Suu Kyi était une sorte de madone de la démocratie. Logique, une femme qui lutte contre la junte birmane ; ça pose son homme, en quelque sorte. Les intellectuels sont derrière elle. Le groupe U2 avec sa chanson Walk On ou Jane Birkin et sa très franglaise indignation. Tout aussi logiquement, elle reçoit le prix Nobel de la Paix en 1991 tandis qu’un autre intellectuel de renom, Luc Besson, lui consacre un film dix ans plus tard, sobrement intitulé The Lady. Toujours aussi logique : elle est jeune et jolie, non-violente et anglophone. Le casting était presque parfait.

Seulement voilà, aujourd’hui, c’est badaboum et patatras : la blanche colombe aurait comme du plomb dans l’aile. Motif de la disgrâce ? L’exil massif et forcé au Bangladesh voisin de centaines de milliers de Rohingyas. Ces derniers, de confession musulmane, font partie de ces 135 minorités recensées en Birmanie et modérément bien traitées par le pouvoir central, au même titre que les Karens, majoritairement chrétiens, eux.

Dans ce même imaginaire médiatique, il était évident qu’ Aung San Suu Kyi, désormais passée de l’opposition au pouvoir – elle est à la fois ministre des Affaires étrangères et porte-parole du gouvernement – allait dénoncer ce que d’aucuns tiennent déjà pour génocide. Eh ben non pas du tout. À qui se fier ?

Le pape et le Dalaï-lama ont beau la supplier de sortir de son silence, rien n’y fait. Histoire d’aggraver son cas, Aung San Suu Kyi évoque même une possible désinformation venue de l’étranger. Sale temps pour les icônes, donc. Mais dans cet imaginaire médiatique, disions-nous, il n’y a guère de place pour les pesanteurs de la politique et de l’histoire. En effet, si les Rohingiays sont persécutés, ce n’est pas à cause de leur appartenance religieuse, mais tout simplement parce que dans les années ayant précédé l’indépendance birmane de 1948, cette ethnie s’est battue sous drapeau britannique, celui de l’occupant. Et là bas, on a le nationalisme sourcilleux…

Pareillement, les déboires des chrétiens Mhongs au Laos n’ont que peu à voir avec un quelconque antichristianisme de combat, ayant eux aussi servis de supplétifs aux armées françaises puis américaines, lors des guerres d’Indochine et du Vietnam.

Qu’un croyant mette Dieu au-dessus de tout, c’est légitime ; mais voir la religion partout et tout expliquer par la religion, en tous temps et en tous lieux, est tout bonnement idiot. Et empêche par exemple de comprendre l’actuel chaos oriental où la politique et le pétrole – voire la politique du pétrole – sont autrement plus déterminants que l’émergence d’un islam de type convulsif.

Car l’État islamique se sert là du puissant levier religieux à des fins plus terrestres, tel qu’en témoigne le premier acte officiel de cette organisation ayant consisté à raser les frontières issues des accords Sykes Picot de 1916, témoins honnis de la tutelle occidentale dans la région. En son temps, Staline qui n’était pas connu pour hanter les églises, n’a pas hésité lui aussi à faire appel au sentiment religieux pour mobiliser contre l’envahisseur allemand.

Les droits de l’homme, que l’on peut tenir pour une nouvelle religion, forte elle aussi de son clergé d’hystériques, conduisent à la même impasse manichéenne. Le bien et le mal, les gentils démocrates et les méchants autocrates, les humanistes ouverts et les obscurantistes frileux, les civilisés et les barbares. Résultat, pour ceux qui accusent leurs adversaires de « simplisme », le barbare, c’est immanquablement l’autre. « Eux » sont dans l’erreur alors que « Nous » incarnons la vérité.

En attendant, le grand public aura au moins appris qu’Aung San Suu Kyi, à défaut d’être une idole du vivre ensemble et de la bonne gouvernance, pouvait aussi se montrer femme politique plus soucieuse des siens que de ses prochains. Et qu’il n’y avait guère que Paul McCartney et Angelina Jolie pour être persuadés que le bouddhisme était la religion cool par excellence. C’est toujours ça de gagné.

Par Nicolas Gauthier

Publié le 15 septembre 2017 sur le site Boulevard Voltaire

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