Libre-échange ou protectionnisme ?

par Fils de France

072_Protectionnisme

L’histoire du capitalisme est marquée par des crises économiques qui ont toujours suscité des interrogations quant au bien fondé du libre échange et l’opportunité du protectionnisme.

La crise actuelle qui secoue les économies avancées ne déroge pas à la règle et le retour au protectionnisme, après une trentaine d’années de libéralisation, est préconisé par nombreux économistes et hommes politiques.

Le débat libre-échange/protectionnisme ne date en effet pas d’hier et la théorie économique s’en est fait l’écho dans les différents ouvrages de l’économie classique ; les premiers auteurs de l’économie politique ont fait la part belle au libre-échange qui serait vecteur de croissance pour les pays échangistes.

Les fondements du libéralisme

A. Smith (1723-1790), «Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations », dans un premier temps puis D.Ricardo (1772-1823) avec ses «Avantages comparatifs» ont démontré que chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production où sa productivité (ou efficacité à produire) est la plus élevée.

Si les pays se spécialisent dans la production où ils sont relativement meilleurs alors la production globale sera supérieure à celle en autarcie et les gains à l’échange seront pour tous les co-échangistes.

Au début du vingtième siècle l’école suédoise (Heckscher-Ohlin,1933) a formalisé et approfondi cette théorie sous le nom de la théorie des dotations factorielles: chaque pays se spécialise dans la production de biens qui utilise le facteur de production qu’il détient en abondance. Ainsi la Chine se spécialise dans la production qui utilise le travail (main d’oeuvre), facteur qu’elle détient en grande quantité et à bon marché, et l’Europe dans la production qui utilise le capital (la technologie).

Illustration :

En une journée la production est la suivante:

France: 10 pantalons et 1 téléviseur soit 10 pantalons = 1 télé.
Chine: 5 pantalons et 1 téléviseur soit 5 pantalons = 1 télé.

  • Production en autarcie: 15 pantalons et 2 téléviseurs.

La France se spécialise dans la production de pantalon, la Chine dans celle des téléviseurs.

  • Production totale: 20 pantalons et 2 téléviseurs.
  • La France peut échanger 10 pantalons contre 2 télévieurs…elle s’enrichit de 2 télévieurs.
  • La Chine peut échanger 1 télévieur contre 10 pantalons…elle s’enrichit de 5 pantalons.

 

Si on peut admettre que la spécialisation permet des gains rien n’est dit quant à leur répartition entre les échangistes: l’échange sera profitable mais le sera-t-il pour tous? L’échange ne sera-t-il pas inégal? Devant un échange inégal le protectionnisme n’est-il pas légitime?

 

Le protectionnisme

Le théoricien du protectionnisme est l’allemand F. List (1789-1846) qui a vite compris que l’échange ne profite qu’au pays ou qu’à l’entreprise la plus anciennement installée; qui a l’expérience et maîtrise la technologie. Elle peut produire à moindre coût et avec une meilleure qualité ce qui rend légitime la mise en place de barrières douanières puisque la concurrence apparaît comme déloyale; c’est la théorie des industries naissantes. Les pays, les entreprises les moins avancés (ou supportant un coût élevé) pourraient se protéger de manière temporaire, tant que les règles du jeux ou les conditions de l’échange ne sont pas les mêmes.

De la théorie à la pratique

Contrairement à ce que l’on pourrait croire le développement des économies occidentales et des pays émergents aujourd’hui ne tient pas au libéralisme théorique préconisé par la doxa mais tient en un subtil mélange d’ouverture et de protectionnisme.

Chinois et indiens contrôlent largement les flux de capitaux entrants de manière à ne pas laisser les marchés faire vaciller leurs économies. Les grands groupes comme Danone, Saint-Gobain ou encore Areva ont dû composer avec la réglementation qui oblige les entreprises étrangères à s’associer avec une entreprise locale détenant la majorité des parts du groupe. Ils sont aussi contraints de transférer des compétences et de la technologie.

L’Inde adopte la même politique protectionniste comme nous avons pu le voir avec la vente de rafales français.

Les Etats-Unis ne sont pas en reste question protectionnisme ; souvenons nous du marché remporté par EADS concernant 179 avions-ravitailleurs mais finalement écarté par le Pentagone qui a préféré l’offre de Boeing pourtant moins compétitive.

Enfin l’Europe subventionne ses agriculteurs, protège son cinéma, avantage ses entreprises leaders…

Très souvent condamné, le protectionnisme est donc dans les faits souvent pratiqué. Loin de l’idéal théorique d’un libre-échange juste et efficace il faut admettre que la réalité économique est dominée par un pragmatisme qui mêle ouverture et protection. Ce constat est rassurant d’un certain point de vue puisqu’il réaffirme la primauté de la politique sur l’économique.

Fils de France

 

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